Espace Méditerranéen de la Culture Photographique

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Publié le : 2 mai 2003

La photographie est un album d’absences.


La photographie est une des nombreuses façons de représenter la présence, l’instant fugace et l’absence définitive.

L’image photographique produit un effet de présence, elle convoque un sujet pour l’exercice d’un regard ambigu. L’image photographique place devant nous quelque chose d’absent, elle montre maintenant ce qui est passé. Elle simule désormais un face à face et peut passer pour une maîtrise victorieuse, la fixation d’un être fugace dans une photo, sa survie au moment même où le devenir l’a pris. L’image photographique peut dire la présence du passé retenu avec succès dans ce cadre instantané alors que le sujet est défait. Par la représentation, il semblait contrôler l’espace et survoler le temps. Le sujet m’est offert à disposition hors des contraintes d’une rencontre.

Mais l’effet de présence n’est pas une présence. Tout comme l’image de toi n’est pas toi. Et cela est également un effet d’absence. Ce que la photographie m’offre, elle me le prend dans l’instant.

Elle montre que cette survie est une absence à laquelle je dois m’habituer. Console t-elle de l’absence ou la rend t-elle plus amère ? Devant nous maintenant l’image d’un être qui n’est plus là. Tout ce que le regard appréhende plus aucune étreinte ne peut l’atteindre. Victoire ou défaite. L’image photographique (dans sa nature et sa fonction) ressemble à ce texte intitulé la reprise du philosophe scandinave Soren Kierkegaard qui s’interrogeait sur sa légitimité à exister. Pour la chose photographiée, mise au monde, à nue, il en est de même. Si j’ai saisi l’image où est son contenu ? Où est l’être  à quoi renvoie cette effigie ? Même s’il vit encore, est-ce lui ? Le recueil de photos est un album d’absences.

  Sartre a évoqué cet effet d’absence dans l’imaginaire : « l’image donne son objet comme un néant d’être (   ) si vivante, si touchante, si forte que soit une image, elle donne son objet comme n’étant pas. » Puisque tu n’es plus. La fabrication d’une image, d’une présence revient à écrire ou à dire c’est ainsi que je t’aime. Ne dit-on pas : « ne bouge plus ».

Cet article est tiré d’une réflexion issue de l’art et l’illusion d’Ernest H Gombrich.

 

 

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